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Oui au « vite fait mal fait »

Chercher à bien faire les choses est une erreur. Mieux vaudrait commencer par les faire tout court.

Juste un exemple anecdotique…

Connaissez-vous l’histoire de QDOS ? Non ? Pourtant votre vie serait certainement très différente sans QDOS. Tim Paterson a créé QDOS (qui signifie « Quick and Dirty Operating System » c’est-à-dire « système d’exploitation vite fait mal fait« ) en 1980. Ce programme ne contenait que 4000 lignes de code et pourtant il était fonctionnel. Il a été racheté par Microsoft, est devenu DOS puis MS-DOS, et a équipé les 2/3 des PC d’IBM. Ce qui est intéressant, c’est qu’IBM avait originellement demandé à une autre société (Digital Research) de lui fournir un système d’exploitation. Cette dernière tardant à livrer, IBM s’est adressée à Microsoft en demandant à Bill Gates s’il savait faire un système d’exploitation. Billou est parti sur un gros coup de bleuf et à répondu « oui oui ». Obligé d’assumer, il a racheté QDos, l’a modifié, et son partenariat avec IBM a assuré à Microsoft son ascension vers les sommets, et la fortune de son créateur.

Le perfectionnisme tue !

Aubrey de Grey, informaticien diplômé du MIT et biologiste autodidacte intéressé par la prolongation de l’espérance de vie humaine, dans son livre Ending Aging1 parle2 du perfectionnisme en ces termes :

Avez vous perfectionnistes dans votre entourage ?

Moi oui — et ça a toujours été le cas, car ma mère en est une. Je ne serais certainement pas là où je suis aujourd’hui sans ma mère, sans son influence sur moi, son travail acharné et sa détermination à me donné le meilleur départ dans la vie. Mais elle m’a aussi parfois donné le mauvais exemple, et son perfectionnisme est peut-être un des cas les plus extrêmes. J’ai le sentiment qu’il lui a souvent empêché d’obtenir ce qu’elle aurait pu avoir dans sa vie, donc je ne me suis jamais laissé aller au perfectionnisme — et je ne l’ai jamais regretté.

Quel est le principal problème avec le perfectionnisme ? On le sait tous : le perfectionnisme prend du temps. La plupart des gens veulent que les choses soient faites, et nombreuses sont les circonstances dans lesquelles un travail vite fait mal fait est la meilleure politique, parce que les avantages du « vite fait » surpassent les inconvénients du « mal fait ». Ceci dit, il y a certainement d’autres circonstances dans lesquelles la balance est inversée — où une approche plus méticuleuse est à privilégier ; par conséquent, l’idéal est d’avoir une bonne intuition et du discernement quant à l’attention qu’il est approprié de porter aux détails, au cas par cas.

Peur de Mal Apprendre

Une des manifestations du perfectionnisme peut être la peur de « mal apprendre ». A ce titre, il faut distinguer deux types d’apprentissage :

  • le savoir verbalisable : c’est une connaissance du type « 1515 = Marignan »
  • le neuromusculaire : ça renvoi à l’apprentissage des gestes, comme par exemple le rasgueado de la guitare flamenca ou le sweeping du métal

« Les habitudes ont la vie dure » dit-on en français. Les anglais, eux, disent « Old habits die hard« . Il est en effet difficile de désapprendre un mauvais geste, surtout si celui-ci a été durement encodé dans notre mémoire musculaire par de nombreuses répétitions. C’est la raison pour laquelle on peut vouloir prendre des cours de guitare auprès d’un professeur.

En revanche, une connaissance verbalisable sera beaucoup plus facilement remplaçable si elle est erronée. On peut donc apprendre sans crainte car il vaut mieux avoir de mauvaises informations, qui nourrissent notre réflexion, que pas d’information du tout.

Se libérer du perfectionnisme

Se libérer du perfectionnisme ne se fait pas en un claquement de doigt. Je ne suis pas Freud : je ne vais pas vous dire qu’il suffit d’en prendre conscience pour en être libéré. Ce n’est pas non plus une fatalité : n’allez pas tomber dans le « oui mais c’est parce que je suis trop perfectionnisme ». Changer est un processus, un travail. Ce n’est pas une baladounette ni une promenade de santé. Ça demande de l’effort, de la rigueur et de la souffrance. On en sort grandi.

Comme un Eckhart Tolle (gourou auteur du « Pouvoir du moment présent »), je vais vous proposer d’observer vos processus mentaux. Observer votre comportement pour repérer les moments où vous vous perdez dans les détails insignifiants (ce que les anglais appellent « minutia »), prendre l’habitude de penser sur ce mode, et se corriger à chaque fois qu’on se perd dans les détails, jusqu’à  ce que ça devienne un automatisme d’aller à l’essentiel.

Passez à l’armurerie pour vous armer de courage et de patiente, et préparez-vous à une guerre contre vous-même car, comme on dit : « les mauvaises habitudes ont la vie dure » (« bad habits die hard » dirait-on en anglais).

Vouloir réussir du premier coup empêche d’avancer

Certaines personnes veulent tout réussir du premier coup, notamment les gens qui, comme moi, étaient plutôt doués à l’école, et n’ont jamais trop connu l’échec. Quand on commence à échouer, c’est dur. Puis avec le temps, on apprend que se planter n’est pas si dramatique, que ça ne doit pas nécessairement remettre en question l’idée qu’on a de notre valeur personnelle. Lorsqu’on se plante, il est judicieux de questionner la façon dont on s’y est pris. On peut échouer en s’y prenant mal, on peut réussir en s’y prenant bien, on peut échouer en s’y prenant bien, et on peut même réussir avec des méthodes suboptimales. Mais on ne réussi jamais en n’essayant pas : et c’est bien là le problème du perfectionnisme : la peur de l’échec nous paralyse, parce qu’on pense qu’en échouant on sera remis en question personnellement. Non ! Échouer ne veut pas dire qu’on est subitement devenu stupide ou inapte. Si dans votre esprit vous avez fait une association entre votre réussite (ou absence de réussite) et votre sentiment de valeur personnelle, c’est que vous vous êtes « mal » construit (comprendre « construit d’une façon suboptimale et qui vous rend vulnérable »). Peut-être parce que dans votre enfance on vous a dit des choses comme « tu as eu 18/20 ? c’est bien, tu es intelligent ». Je vous renvois aux travaux de Carol Dweck à ce sujet, mais vous en conjure : n’en veuillez pas à vos parents. Vous allez perdre de l’énergie, ils ont probablement fait du mieux qu’ils ont pu et on peut pas avoir tout bon, surtout en matière d’éducation.

Se reprogrammer

Il y a près de 2 000 ans, Diogène d’Œnoanda avait fait graver sur un mur de 80 mètres de long un résumé de la philosophie d’Épicure. Vous trouverez ci-dessous quelques phrases que vous pouvez mémoriser pour vous reprogrammer d’une façon qui soit plus favorable à votre l’atteinte de vos objectifs, quels qu’ils soient. Ces maximes, proverbes et citations ne sont pas à réciter dogmatiquement, mais doivent plutôt être vus comme des aides-mémoires, qui synthétisent un schéma de pensées en quelques mots parlant. Ce sont des maximes qui me parlent à moi car elles corrigent mes schémas de pensées erronés. Le mieux évidemment est de traquer vos propres idées fausses et de trouver dans votre référentiel culturel des citations qui les contredisent, ou même des phrases que vous aurez inventé, et de vous les réciter à chaque fois que vous vous surprenez à avoir un comportement inadéquat ou réfléchir de façon incorrecte.

  • Rome ne s’est pas faite en un jour.
  • A journey of a thousand miles begins with a single step.
  • Quand on tombe de cheval, la meilleure chose à faire est de remonter aussitôt en selle.
  • If at first you don’t succeed, try, try, try again.
  • Nothing that works in the long run ever comes naturally.
  • Mon enthousiasme ne connait pas de limite
  • Tu n’es pas en train de peindre Mona Lisa

Prenez les phrases que vous voulez, sans jugement de valeur. Qu’elles viennent de Sénèque ou de Barney Stinson, peu importe ; l’important est de pouvoir les mémoriser facilement.

S’entraîner

Rien de mieux pour progresser que l’entraînement. Alors voilà quelques exemples de cas dans lesquels vous pouvez pratiquer le vite-fait mal-fait. Ils sont issus de mon expérience personnelle, et je vous enjoints à les transposer par analogie à votre propre situation.

  • Être plus lapidaire dans ses échanges d’emails : vous n’êtes pas Victor Hugo et vous n’êtes pas en train d’écrire le roman du siècle. C’est une bonne idée d’essayer de rester dans le registre de langue approprié à la relation que vous entretenez avec votre interlocuteur, mais nul besoin de trouver la tournure de phrase parfaite. Une fois passé la première impression laissée par votre première prise de contact (lettre de motivation par exemple), le reste importe beaucoup moins. Soyez efficace, allez à l’essentiel. Pas besoin de fioriture. En voulez-vous à votre interlocuteur s’il finit chacun des mails qu’il vous adresse par « cordialement » ? Non bien sûr ! Alors pourquoi vous en voudrait-il ?
  • Scanner un papier A4 et l’envoyer sans recadrage ni balance des gris. S’il n’est pas droit, l’envoyer tel quel et ne pas le re-scanner. C’est une information, pas une oeuvre d’art. Tant que c’est lisible, ça fait le taf.
  • Arrêter de chercher à résoudre ce problème informatique parce que « ça devrait marcher » alors que vous savez très bien qu’il y a un moyen de simplement contourner l’obstacle.
  • Ne pas passer l’aspirateur dans les moindres recoins : le faire grossièrement plus souvent donne une impression de propreté plus fréquente, qui vous mettra au quotidien dans une meilleure disposition d’esprit et vous aidera à mieux respirer la nuit. Notez surtout que le ménage a des rendements fortement décroissants : votre pièce ne sera pas 2 fois plus propre en y passant 1 heure au lieu d’une demi-heure. Aussi, le fait de passer moins de temps à le faire vous mettra dans une bonne disposition psychologique : vous verrez ça comme une corvée un peu moins chiante, du fait que vous y passerez moins de temps.

Si vous avez d’autres exemples de cas dans lesquelles il est complètement irrationnel de chercher à faire les choses bien, je serais ravis de vous lire en commentaires 🙂

Références

Ailleurs sur le web

ND#16 : La peur de se lancer et le MVP

  1. « Ending Aging » par Aubrey de Grey sur Amazon
  2. Chapitre 3, sous-partie « Calorie Restriction and Its Emulation : A False Down »

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2 réflexions sur “Oui au « vite fait mal fait »

    • borispaing dit :

      Merci Paul ! Je suis honoré de ton passage sur mon blog. Je suis un grand fan de Nomade Digital dont j’ai écouté plus de 15 épisodes depuis le 16 juin. Au plaisir de vous écouter 🙂

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